Refus de l’enfant de parler la langue cible ou pourquoi il faut persister

Ironie de la vie, alors que je m’apprête à publier ce post préparé depuis plusieurs jours, j’ai croisé ce matin un papa espagnol et sa fille sur le chemin de l’école.  Sa petite fille m’a entendu chanter en espagnol avec ma grande. Fascinée, elle nous dévisageait puis s’est écriée “Je sais quelle langue vous parlez! C’est de l’espagnol!”.  Nous avons fini le chemin de l’école tous ensemble, durant lequel le papa m’a confié qu’il avait beaucoup de mal à faire parler sa fille en espagnol…

Je ne vais pas me faire beaucoup de copains avec ce post, mais je souhaite partager ici une expérience personnelle sur ce problème auquel tant de parents bilingues sont confrontés.  Chaque aventure bilingue est différente de par ses circonstances. Toutefois, c’est en lisant sur les expériences des autres qu’on peut trouver des idées de début de solution aux obstacles rencontrés en chemin.

Si vous n’avez pas lu notre histoire sur la page “A propos” de ce blog, mon mari et moi avons toujours adressé ma fille aînée en anglais et espagnol dès sa naissance.  Pourtant, jusqu’à ses 4 ans, elle répondait systématiquement en français, et que très rarement dans nos langues cibles – en particulier l’anglais.  Après pas mal de lecture (je vous recommande vivement “Maximize Your Child’s Bilingual Ability: Ideas and inspiration for even greater success and joy raising bilingual kids” d’Adam Beck), j’ai découvert que bien qu’elle soit exposée aux langue cibles (1er pilier de l’éducation bilingue selon Beck), elle ne ressentait pas le besoin de les utiliser (2ème pilier). Après une petite expérience improvisée d’une journée où j’ai exclusivement parlé anglais à tout le monde à la maison, et où ma fille a commencé à faire l’effort d’utiliser un peu d’anglais; mon mari et moi avons finalement décidé de proscrire l’usage du français à la maison.  Cela nous a valu beaucoup de critiques autour de nous. Cependant, au-delà du développement linguistique, il y a de nombreux bénéfices pour l’enfant à persister à le faire parler en langue cible :

  1. Faire grandir l’enfant en sortant de sa zone de confort – notre fille m’a un jour confié qu’elle préférait le français “parce que c’est plus facile”.  En la poussant gentiment mais fermement en dehors de sa zone de confort, nous lui avons appris à ne pas se borner à la facilité.
  2. Donner à l’enfant confiance en lui – au fur et à mesure que la langue cible s’améliore, cela prodigue un sentiment de satisfaction à l’enfant.  Il s’en rendra compte car il ne butera plus sur ses mots, et cela lui donnera confiance en lui.
  3. Apprendre à l’enfant la persévérance – Cela lui apprend que les efforts payent.  C’est une valeur importante dans une société où les technologies donnent tant de choses immédiatement, alors que les projets de vie eux nécessitent du travail de longue haleine.
  4. Apprendre à l’enfant la patience – Une valeur qui va de paire avec la persévérance.
  5. Apprendre à l’enfant le droit à l’erreur – C’est quelque chose que je me tue à répéter à ma fille encore aujourd’hui: il n’y a pas de mal à ne pas savoir tant qu’on cherche à apprendre.  L’important n’est pas qu’on la reprenne sur un mot ou qu’elle ait un trou de mémoire, mais tout simplement de prêter attention au bon terme ou de demander afin d’apprendre et retenir.

Vous me direz peut-être que tout cela est très joli, mais que nous ne prenons pas en compte l’opinion de notre fille, qui préfère notre langue majoritaire.  Certes, mais quand on y réfléchit:

  1. Un enfant est guidé par un instinct primaire, pas par la sagesse – Un enfant voudrait par exemple toujours manger des aliments plutôt néfastent pour sa santé (chips, bonbons, frites, pâtes, j’en passe et des meilleurs), au lieu d’une assiette saine et équilibrée avec entre autres des légumes.  A les écouter, les enfants ne sont jamais fatigués et veulent continuer à jouer, plutôt que de se coucher tôt pour être en forme pour l’école le lendemain. C’est normal. Ce sont des enfants. Mais c’est également normal dans notre rôle de parent que de leur imposer certaines choses dictées par le bon sens et la sagesse, qu’ils ne sont pas en âge de comprendre.
  2. Les enfants changent d’avis tout le temps – Selon leur âge et personnalité, les enfants -parce qu’ils sont guidés par cet instinct primaire- peuvent changer d’avis comme de chemise.  Cela change aussi selon leur humeur ou selon ce que tel ou tel petit copain aura pu leur commenter à l’école. En ce moment je parle en connaissance de cause avec notre plus jeune qui change d’opinion à la seconde près (si, si, c’est possible)! 
  3. Aimer, ce n’est pas toujours faire plaisir – Donner suite à toutes les volontés de l’enfant n’est pas toujours lui rendre service.  Dans le domaine qui nous intéresse, si vous cédez, il est quasiment sûr qu’il vous le reprochera une fois adulte et en capacité de comprendre le merveilleux cadeaux que vous essayiez de lui faire.
  4. Nous lui épargnons des heures de cours de langue – nous transmettons une langue de façon naturelle, par expérience plutôt que par des heures de cours de langue rébarbatifs dans un milieu académique. Faire l’effort d’articuler quelques mots est certainement moins la mer à boire que des heures de cours et devoirs entre 2 piles de méthodes linguistiques, Bescherelle, dictionnaires, et autres livres.
  5. Nous le préparons à l’avenir en lui donnant les outils nécessaires – Dans un monde qui se globalise et devient de plus en plus compétitif, le bilinguisme est un atout tant professionnel qu’humain.  Il serait dommage d’en priver nos enfants en cédant à leur instinct primaire d’enfant.

Alors voilà.  Libre à vous de penser autrement.  Mais je souhaitais partager cette expérience et ces réflexions que je mûris depuis plus de 3 ans maintenant.  Notre grande a aujourd’hui 7 ans et demi, et oui elle aimerait bien que nous soyons plus cool sur l’usage du français.  Cependant, en proscrivant la langue majoritaire de notre foyer, cela a été un énorme coup de boost pour ses langues cibles. Elle est passée de trilingue passive (qui comprend mais ne parle pas) à trilingue active (comprend et parle).  Pour mettre les choses en perspective, en semaine nous voyons nos filles 3 heures par jour contre environ 10 heures passées à l’école en français. Alors, que sont 3 petites heures de vie familiale à parler en langue cible?

Bien sûr, le dialogue avec notre enfant est important.  Si on fait le choix de persister avec l’éducation bilingue, il est important d’expliquer à son enfant pourquoi on ne cède pas, de lui rappeler qu’il est encore un peu jeune pour avoir la même perspective que nous adultes, et que tout cela c’est pour son bien à long-terme.  Cela lui fera peut-être une belle jambe, mais au moins le dialogue reste là. Et à force de le redire, l’idée fera peut-être son petit bonhomme de chemin…

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