Un rappel d’être fier d’élever bilingue

En début d’année, je suis passée faire quelques achats à ma pharmacie de quartier. Je fréquente cette officine depuis que j’attendais mon aînée.  C’est un petit commerce avec un propriétaire sympathique, et une atmosphère de commerce de petite ville dans la banlieue parisienne; qui d’ordinaire n’est pas chaleureuse et est plutôt impersonnelle.

Ce cinquantenaire connaît mes enfants depuis leurs naissances, et les a vu devenir des petites filles.  Un jour de février dernier, sa pharmacie était inhabituellement déserte, et il était derrière sa caisse.  En me servant, il m’a gentillement demandé s’il pouvait être indiscret et savoir comment cela se faisait que je parle en anglais à mes filles. Au début, je me suis sentie très gênée et mal à l’aise. En France, une société à caractère fortement monolingue, il n’est pas fréquent d’élever son enfant bilingue, et surtout pas lorsque vous êtes français(e)! Vous seriez d’autant plus perçu défavorablement, soit avec jalousie, soit comme élitiste, soit comme faisant quelque chose de nuisible pour l’enfant (les sempiternels mythes autour du bilinguisme).

Même si au fil du temps j’ai appris à ne pas être timide et à utiliser la langue cible en public, je reste mal à l’aise, craignant les commentaires blessants et non-désirés. Cependant, en cette occasion, ce fut un joli rappel de ne pas se replier sur soi-même, mais d’être fier de ce que nous faisons. De la curiosité de mon pharmacien a jailli une conversation sympathique d’une dizaine de minutes sur le trilinguisme de ma famille et l’éducation linguistique proposée dans les écoles publiques françaises. Il a également découvert que mes filles parlaient aussi l’espagnol, ce qu’il ne savait pas n’ayant pas souvent l’occasion de servir mon mari.  Il était en admiration devant notre décision d’élever trilingue, et a exprimé un soutien inconditionnel.

Cette conversation peut sembler insignifiante, mais en tant que parent bilingue c’est un rappel d’être fier de notre choix.  En nous repliant sur nous-mêmes, nous passons à côté du réconfort de telles démonstrations chaleureuses de soutien et de l’opportunité de sensibiliser notre société monolingue en parlant plus ouvertement de ce sujet méconnu. En nous repliant sur nous-mêmes, nous donnons plus d’importance aux commentaires négatifs qu’à ceux positifs.

Alors, si vous avez du mal à utiliser la langue cible en public ou évitez les discussions sur votre famille bilingue, inspirez profondément et foncez!  Même si nous craignons souvent les réflexions désagréables, il y existe aussi des gens qui vous soutiennent, et nous ne devons pas leur prêter moins d’attention qu’aux détracteurs!

Cet article est disponible en anglais sur https://ourmlhome.wordpress.com/2019/02/17/a-reminder-to-take-pride-in-rearing-bilingual/

4 commentaires

  1. Bonjour,
    Ce genre de réaction et de curiosité fait toujours extrèmement plaisir effectivement ! Je suis surprise que tu décrives des réactions en général hostiles en france vis-à-vis de l’éducation bilingue, surtout anglais-français : mon expérience est plutôt l’inverse, dans ma ville, j’ai l’impression que cela est plutôt admiré et envié. De plus, de nombreuses familles élèvent bilingue français-arabe également, et je n’ai jamais vu de réaction négative à leurs égards (fort heureusement).

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    1. Bonjour Nellie, les réactions négatives sont généralement parce que je ne suis pas une « native ». Mon mari, lui, n’a jamais essuyé une seule remarque parce qu’on estime légitime qu’il veuille transmettre sa langue maternelle. Moi, en revanche, de nombreuses. Pas plus tard qu’hier, j’ai encore eu quelqu’un qui ne comprenait pas pourquoi je parlais en anglais à ma fille alors que je suis française. Cela dépassait clairement son entendement.

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      1. C’est fou ça, vraiment ici l’anglais est hyper valorisé, même de parents non natifs. Cela doit être effectivement bien désagréable. Et même moi avec ma langue que je ne parle pas nativement, et qui en plus est peu parlé, je n’ai jamais eu une seule remarque négative, tout au pire de l’indifférence ; peut-être cela dépend-il aussi des milieux sociaux dans lesquels on évolue.

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      2. Il n’y a pas de profil type. J’ai eu des gens de 80ans qui me félicitaient et d’autres du même âge qui me disaient de parler en français. J’ai eu des gens humbles et d’autres aisés, des jeunes, des vieux. Il n’est pas possible de dresser un profil.

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