Les petits bilingues et les accents

J’ai récemment eu une conversation intéressante avec une maman bilingue  dans un groupe Facebook pour parents élevant des petits bilingues. Cette maman utilise la méthode OPOL et nous discutions de la faisabilité de basculer vers la méthode ml@home pour augmenter l’exposition de son enfant à la langue cible . Étant un parent non-natif de la langue cible, elle craignait que sa fille ne prenne son accent.

Etant moi-même une maman non-native, cela m’a amené à réfléchir sur ma propre situation et enfants, et d’arriver aux conclusions suivantes sur les éléments suivants qui affectent l’accent.

  1. Chaque enfant est différent – Ma grande a 6 ans et demi au moment où je rédige ce post. Elle a régulièrement ce petit accent Frenchy (notre langue majoritaire) quand elle parle en langue cible, et tout particulièrement en espagnol. Cela se remarque d’autant plus que les R roulent fortement. Par contre, ma petite a une pointe d’accent British quand elle parle en français!  2 soeurs élevées ensemble et pourtant 2 accents différents!
  2. La langue de prédilection de l’enfant – Ma grande a très clairement du parti pris pour notre langue majoritaire, et elle n’en fait pas un secret puisqu’elle le dit. Et sa soeur -du moins c’est mon intuition personnelle- a un lien affectif plus fort avec l’anglais parce que c’est la langue de sa maman avec qui elle a un lien très fort.  La préférence d’un enfant peut influencer la volonté d’un enfant de faire des efforts ou non quant à l’utilisation et prononciation d’une langue cible.
  3. Le niveau d’exposition à la langue cible influence l’accent – Je me demande si cette différence d’accent entre mes 2 filles ne serait pas dû au fait que mon aînée a été élevée jusqu’à l’âge de 4 ans (période clé pour le développement verbal) en suivant la stratégie OPOL, qui je pense dans une situation de trilinguisme ne l’exposait pas assez aux langues cibles.  A l’inverse, ma cadette a été élevée selon la méthode ml@home depuis ses premiers mois de vie, et a par conséquent eu plus d’exposition aux langues cibles.
  4. Le niveau de fatigue – J’ai souvent constaté chez ma grande, que lorsque je la récupère après l’étude son accent pâtit de la fatigue, et ce d’autant plus que la semaine avance. Son accent français devient plus marqué et elle a l’air plus gauche en langues cibles. C’est quelque chose que, en tant que maman bilingue, je peux comprendre car je le ressens aussi par moment lorsque je suis très fatiguée.  Cela a par ailleurs été constaté par sur le blog d’une autre maman bilingue (en espagnol) : “Siento que cada vez hablo peor inglés, ¿qué está pasando?
  5. Le degré de difficulté de certains phonèmes – Le développement verbal inclut aussi l’acquisition de certains phonèmes de cette langue.  Ors, certains sont particulièrement difficiles et peuvent tarder 7 ans parfois plus pour s’acquérir. C’est le cas, par exemple, du R espagnol qui est très dur.  A cela s’ajoute le contraste qu’il peut y avoir entre 2 phonèmes de 2 langues (p.ex: le R dur en espagnol et le R plus doux en anglais) et qui peuvent augmenter la difficulté pour l’enfant à les apprendre.  A mon humble avis, cet important contraste entre ces 2 phonèmes pour cette même lettre ne facilitent pas la tâche à ma grande et les petits hispanophones en général.
  6. Les accents évoluent dans le temps et selon le lieu – Cette conclusion est la mienne, tirée de ma propre expérience en tant que trilingue.  Enfant, j’ai été élevée dans une école anglaise en Espagne. Les professeurs venaient de tout le Royaume-Uni, Etats-Unis et Commonwealth, nous exposant quotidiennement à une grande variété d’accents.  Lorsque je suis partie en Grande-Bretagne, j’ai été choquée de découvrir que certains Britanniques avaient du mal avec mon accent “international”. J’ai donc fait plus attention et commencé à copier la  prononciation, accent et intonations British. Aujourd’hui, lorsque j’ai le plaisir de rencontrer un anglophone, leur première réaction est généralement de remarquer…mon accent British! Tout ça pour dire que les accents peuvent se travailler et évoluer dans le temps et selon le lieu.  Alors soyons patient avec nos petites têtes blondes.

Il s’agit là juste mes propres réflexions de maman bilingue.  Ces conclusions sont tirées de mon expérience personnelle. Comme beaucoup de parents bilingues, je présume, j’aimerais que mes filles aient un accent natif dans leurs 3 langues. Cependant, si cela ne devait pas être le cas, rappelons-nous ce que dit le Professeur François Grosjean, une des autorités mondiales sur le bilinguisme, dans “Myths about bilingualism”: “Avoir un accent ou pas dans une langue ne fait pas de vous plus ou moins bilingue. (…) En fait, certains bilingues extrêmement fluides et équilibrés ont un accent dans une, ou autre, langue; d’autres bilingues, moins fluides, n’auront peut-être aucun accent.”

Cet article est également disponible en anglais sur https://ourmlhome.wordpress.com/2019/03/03/about-bilingual-children-and-accents/

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